28/07/2017

Beau témoignage de Benjamin, adhérent à l'APF d'Eure et Loir

001 - Sarbacane à la bouche.jpgQui es-tu ???

Je m’appelle Benjamin, j’ai 31 ans, je suis Infirme Moteur Cérébrale depuis ma naissance et me déplace en fauteuil roulant électrique. J’ai la chance de vivre   chez mes parents qui m’assiste dans tous les actes du quotidien. Je connais l’Association des Paralysés de France depuis l’enfance et y adhère personnellement depuis mes 20 ans. Grâce à notre obstination commune ainsi qu’à plusieurs bonnes volontés, j’ai pu suivre la majeure partie de ma scolarité en milieu ordinaire. J’ai obtenu mon Brevet des Collèges avec succès et j’ai poursuivis mes études jusqu’en début de première scientifique.

 Que fais-tu à l’APF ?

Depuis 2015, j’ai rejoint le groupe de sensibilisation. Notre action consiste à nous rendre dans les établissements scolaires du département qui prenne contact auprès de la délégation pour venir échanger avec les élèves.


Nous essayons de répondre, le plus sincèrement possible à leurs questions avec tout l’humour et l’autodérision qui nous caractérise en illustrant nos propos par des vidéos, afin de les aider à vaincre leur appréhension et qu’il puisse portait un autre regard sur le handicap.

Lorsqu’Eric T m’a convié pour la première fois à participer au groupe, je n’étais pas très à l’aise. Moi qui suis habituellement d’un naturel dynamique, avenant et volubile, je restais plutôt en position d’observateur et craignais d’avoir à faire-face à des moqueries et à plus de situations gênantes, mais nous pouvons compter sur la solidarité du groupe et le concours du personnel pédagogique en cas de difficulté de part et d’autre. Les messages que nous échangions avec Éric m’ont encouragé à prendre davantage la parole pour moins avoir d’appréhension.

Je suis dorénavant plus détendu et parviens plus aisément encore à utiliser mon humour pour faire passer mes idées et si grâce à cela les élèves ou leurs référents peuvent avoir une meilleure image du handicap et un premier pas vers une meilleure acceptation sera franchi.

Par ailleurs, j’adore participer à toutes manifestations conviviales, je continue toujours à participer aux réunions   du  « Groupe Jeune APF Centre Val de Loire au sein duquel nous nous réunissons avec les délégations de l’Indre et du Cher. Nous nous sommes déjà réunis dans la cour du Château de Saran pour organiser un chamboule-tout et bousculer symboliquement les idées reçues sur le handicap.  Nous avons aussi organisé un atelier-relais à la délégation d’Orléans pour faire progresser la plate-forme « 2017 agir ensemble » et relayer nos propositions auprès du Monde Politique.

 Pourquoi as-tu eu envie de t’engager dans l’association des paralysés de France d’Eure et Loir ?

Je me suis engagé à l’Association des Paralysés de France d’Eure et Loir, car c’est le département où je vis. J’avais envie d’apporter ma pierre à l’édifice, de contribuer à changer le regard des gens sur le handicap et au fait que nous puissions au mieux nous intégrer dans la société et surtout que nous le soyons en retour, à tous points de vue.

  Et en dehors, que fais-tu ?

Grâce à ma mère qui m’emmène en véhicule aménagé, j’ai la chance de pouvoir sortir à l’extérieur.

 Depuis 2002, je suis licencié au club Chartres Handisport et Loisirs où je fais la sarbacane, (sorte de tube dans lequel on souffle pour planter des flèches métalliques dans une cible équivalente à celles que l’on peut trouver au tir à l’arc, ou sur les cibles tri-spot, dans le cadre de compétition). Je fais partis de ceux qui utilisent un trépied appelé « potence », car je ne peux pas tenir ma sarbacane à bout de bras. Pratiquer ce sport me permet de maitriser mon stress, travailler ma respiration et ma concentration et rééduquer ma vision.

Lorsque j’ai commencé la discipline, je n’avais pas assez de souffle et les flèches atterrissaient plutôt par terre que sur la cible, mais au fil du temps, j’acquiers de l’expérience, ce qui me permet de participer à la Coupe Nationale Adultes, depuis sa création en 2009, (Sur l’une des photos, on peut me voir en tenue de compétition et accompagné par Mireille, une des bénévoles qui m’aide à charger ma sarbacane et à me détendre lors des compétitions. Elle nous aide lors des entrainements avec d’autres bénévoles)

Le cinéma est aussi l’un de mes principaux autres centres d’intérêts. Je vais assez régulièrement à « l’ambiance » de Senonches, seul, en famille ou entre amis. C’est un cinéma très convivial, dont la salle du bas est accessible. Lorsque j’y vais seul, je bénéficie d’un coup de main amical de la gérante si je regarde deux films consécutifs et que le second est en 3D.

J’ai aussi une passion pour l’informatique. Cet outil me sert quotidiennement à développer mon autonomie et assouvir ma curiosité sur des thèmes divers en cherchant sur internet.

 Tu as la parole, dis-nous tout !

Il reste encore tant à faire pour que nous soyons parfaitement intégrés par la société en tant que personnes handicapées et considérés comme des citoyens à part entière. Comme je le disais dans ma petite présentation, j’ai pu faire des études. Cela me permet de continuer à me cultiver, de développer mon esprit critique et d’affuter ma curiosité pour me construire avec les meilleures armes et pouvoir interagir en société, même si je n’ai pas la chance de travailler.

Le travail est pourtant un bon moyen de s’émanciper. En bénéficier, dans la mesure de ses possibilités, permet de retrouver l’estime de soi et de faire un pas vers une certaine indépendance morale ou financière.

Une meilleure accessibilité des Établissements Recevant du Public et de la voirie ainsi qu’une meilleure organisation des réseaux de transports en commun contribuerait à faciliter nos déplacements.

 Quel serait ton message à destination des jeunes en situation de handicap ou de la jeunesse en général ?

Pourquoi ne s’adressait exclusivement qu’à une catégorie de personne en particulier ? Je pense que l’on peut apprendre à tout âge et dans toutes les situations qui se présentent à nous.

 Aux jeunes personnes handicapées, je conseillerais de ne pas hésiter à se faire aider de ses parents ou de ses éducateurs, dans n’importe quels domaines d’apprentissage que ce soit, en particulier la lecture qui ouvre de nombreux horizons.

À celles qui sont plus matures et se battent déjà contre toutes les embûches du quotidien, de se servir de chaque expérience positives arrivant dans la vie pour se « regonfler » le moral et continuer à avancer.

À la jeunesse en général, de ne pas avoir peur du handicap. Bien sûr, il y a différentes manières de dialoguer ensemble en tenant compte des différences physiques, de communication et du caractère de chacun. Si la personne qui nous aborde est plus timide, un sourire seulement peut suffire à engager la discussion.

Pour ma part, je ne pense pas qu’il faille se mettre trop de barrières psychiques et ne crois pas réellement non plus qu’il y ait un fossé des générations aussi profond que cela lorsque l’on parle de handicap. Dès lors que notre interlocuteur n’est pas irrespectueux, nous pouvons tout à fait engager une discussion constructive et dans la bonne humeur.

  Des projets pour l’avenir ?

Dans l’avenir, je souhaite poursuivre mes engagements associatifs, continuer mon sport, apprendre les langues étrangères et étancher ma soif de connaissance dans les domaines que je connais déjà comme dans d’autres.

J’explore également des pistes, en vue d’acquérir mon indépendance, avec l’aide de mes parents… Les projets ne manquent pas.                          

             Interview réalisée par Morgane Legrand. 

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